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Préface

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Tout le monde connaît ma légendaire attirance vers les anciens édifices religieux, vers tout ce qui est vieux, mité, rouillé, vers tout ce qui a vécu, vers tout ce qui a une âme ... et cette nouvelle aventure que je m'apprête à vous narrer n'étonnera donc personne !

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Chapitre 1 : la découverte

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"Une pierre à l'édifice" ... j'ai atterri dans cette association bélinétoise il y a quelques mois seulement, en Juin dernier, à l'occasion d'une de ses réunions, et après un sentier sinueux parsemé de discussions avec les uns et les autres.  Tout a commencé par une histoire de squat découvert sous le porche de l'église Saint-Maurice de Beliet ... je devrais dire de Belin-Beliet puisque les deux communes se sont réunies en une seule en 1974. La photo que j'avais prise a fait suite à une discussion animée sur cette église abandonnée il y a presque vingt ans pour cause de dangerosité du clocher, et je pestais contre la municipalité qui n'avait pas l'air pressée de faire quelque chose pour résoudre ce problème ... j'imaginais déjà les pierres s'écroulant sur le squatteur en question ! Et puis le hasard des rencontres et de la vie a fait que je me suis retrouvée, quelques semaines plus tard, dans une église transformée en salle de conférences ...

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... et j'ai tout de suite pensé à cette église abandonnée qui pourrait elle aussi retrouver une seconde jeunesse. Enfin bref, après de telles préoccupations au sujet de cette église, quoi de plus naturel pour moi que je finir par intégrer cette association dont le but est justement d'oeuvrer pour la sauvegarde et la restauration de notre patrimoine local le plus ancien.

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La réunion m'apprit que cette fameuse église Saint-Maurice était une priorité pour "Une pierre à l'édifice", la flèche du clocher risquant, selon les spécialistes, chuter d'un jour à l'autre sous l'effet d'un simple coup de vent plus fort que les autres :

  • soit sur le reste de l'édifice ... ce qui conduirait à la destruction pure et simple de l'édifice et à sa perte à tout jamais ... alors qu'à part le clocher tout est resté en très bon état,
  • soit sur certaines habitations voisines construites à quelques mètres seulement de l'entrée de l'église ... et qui inévitablement seraient touchées par la flèche très longue,
  • soit sur des automobilistes, des piétons et des cyclistes empruntant la route et le trottoir situés à quelques mètres du porche supportant la flèche !

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J'ai compris qu'il y avait urgence, et que l'association essayait de persuader la mairie à procéder au plus vite à la suppression de cette flèche devenue trop dangereuse ... car ce ne sont ni le filet qui l'entoure partiellement dans les airs, ni les barrières de sécurité posées tout autour, qui empêcheront l'inévitabl ! vue googlemap

J'ai aussi compris pourquoi ce clocher est devenu dangereux : c'est parce qu'il avait autrefois, dans le but de le sécuriser ... c'est un comble ... été doublé de l'intérieur à l'aide d'un matériau non adéquat, du ciment, qui non seulement a alourdi bêtement la construction, mais il a également transformé petit à petit la pierre contre laquelle il était collé en sable, fragilisant d'autant plus l'édifice.

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Au cours de la réunion, j'ai également appris que l'association agissait aussi pour la sauvegarde de l'église Saint-Pierre de Mons et d'un très ancien lavoir perdu dans la broussaille et qui ne demandait qu'à retrouver sa splendeur d'antan. Évidemment j'ai été enchantée de ces chantiers en perspective ... moi qui adore églises et bâtis anciens ... et j'ai adhéré immédiatement. Et pour tout vous dire, 10 euros pour l'année, c'était dans mes prix !

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Chapitre 2 : la proposition

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J'espérais un peu qu'on m'écrirait assez rapidement pour me demander de participer au nettoyage de l'intérieur de l'église désaffectée dans laquelle je n'étais jamais entrée ... mais c'est pour un tout autre sujet que cela arriva. A l'occasion des journées du patrimoine du week-end dernier, le président a pris contact avec moi par mail pour me demander si la fonction de guide de l'église de Mons m'intéressait. Au départ cela m'a semblé fou ... et impossible ... mais on m'a rassurée ... je pourrais apprendre tout sur l'édifice et retransmettre les informations sans problème aux visiteurs. Alors j'ai dit oui ... un oui timide ... un peu au conditionnel car persuadée que j'aurai du mal à trouver l'assurance nécessaire à cette fonction.

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Chapitre 3 : au travail

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Quelques jours après je recevais par mail des textes divers racontant l'histoire de cette fameuse église de Mons. J'ai passé quelques heures à tout lire, et à prendre des notes sur ce que je trouvais indispensable à savoir. Puis j'ai participé à une visite guidée faite par un historien ... Tom ... pour apprendre in situ l'essentiel de l'histoire de l'église.

Ensuite, j'ai participé à un chantier de quelques heures de nettoyage de l'intérieur de l'église ... pour lui faire peau neuve en vue des visites. Nous étions une dizaine à travailler dans la bonne humeur avec balais et chiffons, c'était très agréable ... bien que je me sois chopée une ampoule à la main à force de manier un vieux balais miteux ... et ma mère en a déduit que je ne devais pas prendre le balai très souvent ! Petit hommage aux travailleurs avec ces deux photos ...

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Enfin, samedi et dimanche dernier, à l'occasion des journées du patrimoine, l'association a pu faire visiter l'édifice, toujours fermé habituellement. Ça se faisait tous les ans déjà, mais cette année les visites étaient guidées. Ça a été l'occasion pour presque 200 visiteurs de voir l'intérieur de l'église et de comprendre le pourquoi et le comment de sa construction : au départ un prieuré, celui de Saint-Jean, situé sur la Leyre à quelques pas de là, construit au 11ème siècle avec son église, celle de Saint-Pierre de Mons, tout ça dans le but d'accueillir, de nourrir, d'héberger et de soigner ... parfois même d'enterrer ... les milliers de pèlerin obligés de passer à cet endroit pour se rendre à Saint-Jacques de Compostelle.

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Quand le président de l'association ... Alain ... était occupé dehors à guider un groupe de visiteurs autour de l'église, et que quelques autres personnes ne souhaitaient pas se joindre au groupe mais simplement déambuler seuls dans l'édifice, je m'empressais d'aller leur donner les quelques informations que j'avais retenues ... mais je me suis vite rendue compte que la fonction de guide, c'est un vrai métier, ça ne s'improvise pas ! J'ai bafouillé, j'ai cherché mes mots, et parfois même j'ai du me tromper en donnant de fausses informations ! Mais pourquoi diable n'ai-je pas voulu utiliser le texte tout pondu qu'on m'avait remis pour m'aider ? Enfin bref, je ne suis pas encore au point et j'espère que des personnes plus douées que moi vont très vite se manifester ... parce qu'il a été décidé par l'association que dorénavant, des visites guidées pourront être faites à la demande tout le long de l'année.

Malgré tout, je ressors de cette expérience avec certaines connaissances du territoire de Mons ... et cela me remplit d'aise comme on dit !

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Chapitre 4 : le côté humain

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Au-delà de l'aspect bâtiment et visites, j'ai aussi fait la connaissance, à cette occasion, des gens charmants et sympathiques de cette association. Bien que mon mode de vie et de pensée se situe à mille lieux des leur ... je suis, moi, une athée indécrottable ... et je viens, moi, d'un milieu très modeste ... pendant ces deux jours, malgré nos différences, j'ai vraiment apprécié l'ambiance et les échanges, parce que finalement, le principal c'est la mission de l'association ... avec laquelle nous sommes tous en parfaite adéquation !

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Chapitre 5 : rencontres inattendues ... les pèlerins du XXIème siècle

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En début d'après-midi du samedi, alors qu'Alain faisait une visite guidée à une douzaine de personnes, tandis que son petit Félix de sept ans menait un autre groupe à la fontaine, le papier de l'histoire de la source en main, et pendant qu'avec mon compagnon d'accueil ... Olivier ... nous bavardions attablés sous le porche en attendant les visiteurs suivants, c'est une jeune fille qui nous arriva, vêtue d'un short noir et d'un haut jaune fluo ... visiblement une cycliste. Nous faisons connaissance ... elle est en pèlerinage à vélo et vient d'arriver au gîte d'étape juste à côté ... elle est fatiguée et elle a très chaud. Elle s'installe un moment au frais à l'intérieur de l'église, sur les marches de l'escalier du clocher, et se met à lire les documents à disposition retraçant l'histoire du lieu. Pour lui permettre de se rafraîchir davantage, je lui parle de la fontaine d'à côté ... Saint-Clair ... renommée pour soigner les maux des yeux. Alors que je la conduis vers ce lieu, nous rencontrons un autre pèlerin arrivé la veille et de qui elle venait de faire connaissance ... c'est donc à trois que nous prenons le chemin de la fontaine. Tandis qu'ils la découvrent et se frictionnent avec cette eau miraculeuse qui coule d'un petit ruisselet, j'en profite pour les prendre en photo ... avec leur consentement. Puis nous revenons sous le porche où Olivier accueille encore des visiteurs. Nous nous mettons alors à discuter tous les quatre. De fil en aiguille, on apprend à se connaître, surtout à connaître les deux pèlerins ... et je trouve leur présence tellement intéressante ... car il y a 1000 ans déjà on accueillait ici les mêmes pèlerins ... que j'ai eu envie de les interviewer pour parler d'eux dans un article de mon blog.

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Chapitre 6 : les portraits

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La jeune fille s'appelle Blandine ... et n'aime pas son prénom. Moi je l'adore ! Elle a 23 ans et elle est une sage-femme récemment diplômée. Elle vient d'un milieu très croyant ... elle a dans sa parenté plusieurs nones, et un de ses aïeux a même été un prètre renommé ... son pèlerinage coule donc de source. Elle est parisienne et a décidé de faire le chemin de Compostelle à vélo en deux parties. La première phase, elle l'a faite aux alentours de Pâques ... Paris-Tours en cinq jours. Et pour cette deuxième phase, elle est partie le 6 septembre de Tours, et espère rejoindre Saint-Jacques de Compostelle en 40 jours ... pour arriver le jour de ses 24 ans ! Elle est très engagée dans l'humanitaire, elle a fait des séjours dans ce cadre-là dans de nombreux pays, et dernièrement elle en a fait deux dans un orphelinat au Vietnam. Son travail de sage-femme, elle veut le réaliser dans le cadre libéral, mais auparavant elle a prévu d'aller travailler quelque temps dans un hôpital au Vietnam. J'ai trouvé très étonnant une telle énergie chez une jeune fille de 23 ans qui me donne l'impression d'avoir déjà vêcu plusieurs vies !

Quant au monsieur, il a 62 ans et s'appelle Fernando. Il a du abandonner son travail d'imprimeur dans un grand quotidien régional pour des raisons de santé, et il travaille aujourd'hui dans ce même établissement au service de maintenance du parc automobile des journalistes. Né à Madrid et heureux en Espagne pendant les six premières années de sa vie où il était élevé par sa grand-mère, il a été rapatrié par sa mère en France dans le but de soigner ses problèmes d'audition ... ce qu'il regrette car il a l'impression que les médecins se sont acharnés sur son cas et qu'il leur a servi de cobaye. Très mal soigné, il a le souvenir amer des moqueries de ses petits camarades pendant toutes sa jeunesse ... le surnom de sourdingue l'a longtemps poursuivi ! Il vient lui aussi d'une famille très pieuse ... mais s'est butté tout jeune contre les adultes et leurs attentes dans ce domaine ... si bien que ce n'est que depuis très récemment qu'il s'intéresse un peu à la religion, bouddhiste plus particulièrement. C'est cela qui l'a conduit sur le chemin de Compostelle, qu'il fait à pied. Il est parti deux jours plus tôt de Mérignac où il habite, et compte faire la totalité du trajet pendant ses congés, en 44 étapes. Le retour, tout comme celui de Blandine, sera fait en Bus et en Train. Et pour finir, il nous a raconté par le détail le livre qu'il avait l'intention d'écrire, avec comme sujet l'amitié, l'amour et la croyance, et qui s'intitulera sans doute "une obscurité pleine de lumière" : en résumé, la vie d'un enfant avoeugle et de son ami voyant ... sans doute y mettra-t-il inconsciemment un peu de sa propre vie d'enfant, avec son handicap à lui.

Le lendemain, dimanche, tandis que Blandine reprenait la route sur son vélo, Fernando repartait vers son  point de départ, Mérignac, car le terrible mal de dos qui lui avait imposé un repos d'un jour à Mons ne s'était toujours pas apaisé. Fragile de cette partie du corps, le sac à dos de 11 kilos qu'il avait transporté pendant deux jours avait eu raison de sa santé. Sur les conseils de Blandine, il est donc reparti chez lui pour préparer son vélo et repartir sur le chemin en pédalant ... il se peut qu'à l'heure où j'écris, il soit déjà reparti vers Saint-Jacques de Compostelle !

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Chapitre 7 : les remerciements

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Je sais qu'ils liront ces lignes ... alors je m'adresse à eux, Blandine et Fernando : je vous remercie pour votre présence, pour votre sympathie et pour votre confiance ... et je vous souhaite bon voyage à tous les deux  ... vous les pèlerins du XXIème siècle marchant sur les traces de ceux qui fréquentaient Mons déjà au XIème siècle !

Je remercie chaleureusement les membres de "Une Pierre à l'édificie" pour leur accueil à mon égard, pour leur sympathie et pour la confiance dont ils m'ont témoignée au cours de ces journées du patrimoine ... et que je ne suis pas sûre de mériter ... "peut faire mieux" dirait le prof ... et je souhaite à l'association une belle activité au cours des mois qui viennent ... dont je ferai partie !

Et pour finir je remercie également les amis qui on fait que je me suis retrouvée un jour dans cette aventure : Valérie, Marie-Laure, Corentin ... que les autres m'excusent si j'en ai oublié ... et qu'ils se manifestent pour que je les rajoute !

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Fin